Qualité relationnelle

De quelle manière mon médiateur approche-t-il le conflit ?

L’approche classique d’un conflit est une approche juridique et technique, qui se caractérise dans le langage par l’utilisation des pronoms possessifs.

Cas pratique

Par exemple la branche de l’arbre de mon voisin dépasse sur ma propriété. Il est donc en infraction avec les règles de droit civil qui lui imposent de couper la branche de son arbre.

La solution technique à ce conflit consistera à demander à un juge l’autorisation de faire couper cette branche aux frais de mon voisin.

Il reste qu’à l’issue de cette approche du conflit, le contentieux avec mon voisin ne sera pas résolu pour autant. Certes la branche de son arbre ne dépassera plus sur ma propriété, mais comment allons nous continuer de vivre ensemble ? J’ai obtenu gain de cause devant le juge. Mon voisin a perdu. J’ai gagné, et il se sent dominé. Le litige n’a donc pas complètement été vidé, puisque l’approche émotionnelle de ce conflit n’a pas été traitée et que la solution a été imposée au titre du « bon » droit et de la technique. Finalement, la question technique de la branche n’était-elle pas seulement le support qui a permit à un conflit, déjà en germe, de prospérer ?

L’approche du médiateur professionnel

Au contraire du traitement habituel des litiges, le médiateur professionnel accompagne l’énoncé émotionnel ou affectif du litige en premier. Il permet ainsi dans un premier temps aux parties de retrouver les principes d’une bonne qualité relationnelle qui autorise ensuite dans un deuxième temps la recherche d’une solution technique au conflit. Une fois cette solution technique apportée, le médiateur professionnel accompagne les parties si nécessaire, pour définir juridiquement la solution de leur litige.

Faire un schéma : juridique, technique, émotionnel / émotionnel technique juridique.

Pour le médiateur professionnel, l’entrée en médiation peut être contrainte.

En effet, je perds ma liberté de décision dans un conflit à cause de l’aveuglement émotionnel qui m’est imposé par cette situation conflictuelle. Je suis enfermé dans une dynamique contraignante qui m’empêche de faire un choix libre et respectueux de mes intérêts (j’ai parfois agit de manière irrationnelle, simplement parce que j’étais en conflit : « je vais lui faire payer ! ». Et puis par la suite j’ai regretté cet acte en pensant que « cela ne me ressemblait pas »). Prisonnier d’un processus de surenchère, j’ai besoin que la médiation me soit imposée pour dépasser mon aveuglement (mes amis disaient : « il faut lui faire entendre raison »).

L’injonction qui m’est faite d’entrer en médiation m’a ensuite donné la liberté de reprendre la main sur l’issue de ce litige de manière raisonnable, et non plus émotionnelle. L’important n’est donc pas la manière dont je viens contraint ou libre à la médiation, mais la manière dont j’en sors.

Cela implique que le médiateur professionnel soit capable de s’adresser à une personne qui refuse la médiation, au lieu de constater l’échec et l’impossibilité de procéder à une médiation.

Il est donc utile, avant d’entrer en médiation d’interroger votre médiateur sur son approche du conflit pour choisir la technique qui vous correspond le mieux et qui correspond le mieux à votre litige.

Approche géométrique de la médiation

La médiation est parfois présentée comme un rapport triangulaire entre les deux parties qui ne parviennent plus à communiquer, et le médiateur qui facilite la circulation de l’information entre eux. Pour être complète, cette approche doit être présentée de manière tétraédrique, afin de tenir compte de la distanciation émotionnelle qu’induit l’intervention du médiateur professionnel, et de la distanciation déontologique qui correspond à la posture du médiateur.
La difficulté d’imaginer cette figure géométrique, le tétraèdre, et son rapport avec la médiation est à l’image de la difficulté d’imaginer la discussion qui peut s’établir entre les parties et que les médiateurs professionnels ont choisi de nommer « l’inimaginable discussion ».

Approche de la personne par le médiateur

le développement de la médiation est lié à la prise en compte depuis le siècle des lumières de l’individu en tant que personne unique, et non plus en tant que membre d’une entité sociale (nation, région, religion, famille etc…) Pris en sa qualité d’individu, la personne en conflit n’a pas de compte à rendre au groupe auquel elle appartient. Elle est libérée du poids social de la culpabilité qu’elle doit ressentir lorsque son comportement n’est pas conforme à la moral, et libérée également des contraintes de pardon imposées par les nécessités du vivre ensemble. Dans notre société contemporaine, ces contraintes anciennes sont demeurées comme les limites de notre imagination, alors qu’elles n’existent pas réellement.
Le médiateur qui me convient est celui qui m’aidera à dépasser les limites de mon imagination.
Dans une société démocratique, il n’existe pas d’autres contraintes que celles de la loi. Or bien souvent, la source d’un conflit tient dans les normes que chacun s’impose au nom de l’idée qu’il se fait de la morale, des usages etc…
Concevoir le monde, indépendamment de la morale et libéré des usages, vous permet de retrouver le système de valeur qui vous correspond réellement, et non pas celui que vous impose la société.